[Saint Exupéry et moi] Terre des hommes

st exuperyAprès 9 ans de pratique du français, j’ai enfin décidé de lire St Exupéry. Bien sur, il y a plein de mots que je ne connais pas encore, le dictionnaire reste toujours à côté de moi. J’ai choisi de lire « Terre des hommes », pour redécouvrir St Exupéry en personne et pouvoir méditer par la suite « Le petit prince », son conte pour adultes.

St Exupéry… ces jours ci j’ai rencontré quelques personnes (que j’appelle) folles, et il en fait bien partie. En lisant les trente premières pages de ce livre, j’étais indignée de ses choix de vie. ‘Pour quelle gloire a-t il choisi un métier où il risque sa vie à chaque vol ?’ Cependant, il le faisait avec autant de conviction et de joie! Et si vite, on a connu la tristesse de voir un bel homme quitter le monde.

En lisant la suite j’ai mieux compris. L’histoire de l’aviation est assez récente. A l’époque, les pilotes ne disposaient ni de GPS, ni de machines de calcul puissantes comme aujourd’hui. Ils devaient calculer eux même leur vitesse et direction en fonction du vent et de la météo. C’était un métier nouveau et dur, et on y trouvait beaucoup d’aventuriers. Justement dans le livre, St Exupéry insiste beaucoup sur la conviction et la responsabilité des pilotes de l’époque. Et cela m’a naturellement mené à réfléchir sur mon attitude envers mon métier.

Dans « Terre des hommes », Mermoz et Guillaumet ont la part belle. Collègues de Saint Exupéry, ils ont effectivement contribué à développer les vols internationaux.

Mermoz était un vrai aventurier, Saint Exupéry l’a décrit comme « quelqu’un qui essaie sans cesse pour les autres ». Il a participé à établir différentes lignes aériennes internationales, notamment celle entre la France et l’Amérique latine. Son avion et lui sont passés partout dans le ciel, et il a vécu sans cesse des accidents et des pannes dans le désert, au milieu de la mer, dans les Andes… Après une panne dans le désert, il a été même attrapé par les Maures puis a été revendu pour une rançon. Pourtant il continuait toujours ses aventures pour les autres. Rien ne pouvait l’arrêter, sauf la mort.

Guillaumet était le mentor de St Exupéry. C’est celui qui encourageait St Exupéry, tendu et inquiet, la veille de son premier vol : « Ce que d’autres ont réussi, on peut toujours le réussir. ». Face à un orage menaçant, il savait simplement dire « Voici un mauvais orage.» C’est un personnage robuste et raisonnable qui savait accepter simplement la situation et qui y faisait face en silence.

Cet homme responsable était également le héros de l’auteur. Après 7 jours de disparition dans les Andes, Guillaumet est revenu vivant et tout le monde a été surpris de ce miracle. Il a dû marcher pendant des jours pour survivre, en fait plutôt pour bien mourir :

« Ma femme, si elle croit que je vis, croit que je marche. Les camarades croient que je marche. Ils ont tous confiance en moi. Et je suis un salaud si je ne marche pas »

Avec le temps, face à cette situation insurmontable il pensait qu’il valait peut être mieux mourir en paix pour oublier cette douleur, cette faim, ce froid, cette désespérance… Pourtant à ce moment là il a pensé à sa femme et son assurance : En cas de disparition, il aurait fallu attendre 4 ans pour que celle-ci reçoive une indemnité. Il a donc décidé de continuer à marcher pour pouvoir mourir pas loin de la ville, là où on pourrait le retrouver plus facilement.

« Ce qui sauve est de faire un pas ».

St Exupéry vit justement la même expérience au milieu du désert. Ce souvenir de Guillaumet lui donne de l’espoir pour survivre et il marche. Cependant avec le temps, il souffre de la soif et voit des mirages, il commence à souhaiter de ne pas se réveiller le lendemain et de mourir en paix. Le matin, le soleil monte, il se réveille, et il continue à faire ses pas dans ce désert affreux, sans fin, sans eau, sans espoir. Le point qui m’a impressionné est justement cette idée de marcher tant qu’il est vivant : il n’attend pas la mort par terre, il agit, et il ne laisse pas tomber.

« J’ai cru toucher le fond du désespoir et une fois le renoncement accepté, j’ai connu la paix. Il semble à ces heures-là que l’on se découvre soi-même et que l’on devienne son propre ami »

Dans « Terre des hommes » il me semblait que Saint Exupéry voulait nous parler des valeurs humaines. Mais que signifient-elles pour lui?

A un moment, il dit que l’avion n’est qu’un outil qui relie des points sur la Terre, qu’il ne peut pas être un but. Ces valeurs humaines peuvent se retrouver justement entre les hommes, à travers la communication, les liens, les interactions. St Exupéry tente de nous dire que ceux qui travaillent seulement pour le matériel créent eux même leur prison, s’y isolent et s’y enferment.

Cependant le livre ne parle pas simplement de la grandeur de l’Homme. La réponse est dans le titre « la Terre », « la Terre des hommes ». Il nous fait plutôt découvrir les valeurs fondamentales qui lient ces humains, comme la responsabilité, la conviction et la tolérance.

Avec la conviction, on est conscient de notre rôle, et à partir de ce bonheur, on trouve non seulement le sens de la vie mais aussi le sens de la mort. Avec la responsabilité, on ne vit pas uniquement pour soi même, on se lie, et on obtient le courage de faire front à une injustice. Et on commence à se sentir qu’on contribue à bâtir le monde.

Avec la tolérance, on essaie de comprendre les autres avant de les juger seulement avec ses propres critères. Ici St Exupéry nous donne sa définition de la Vérité : La vérité que les gens essaient de trouver en se battant et en se blâmant n’existe point pour créer le chaos, mais en fait « la vérité est ce qui simplifie ».

« L’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction » ; ce message d’amour et de paix nous rappelle qu’il ne faut pas oublier qu’on a le même but au final quel que soit le sujet, que ce soit la religion, la politique ou autre chose…

Conclusion
Parfois je me trouve anormale, et à ce moment là je passe un moment difficile. J’aurais pu vivre tranquillement, mais j’ai quitté le monde du salariat à la recherche et à la réalisation de mes rêves.
Quelle chance j’ai eue ! Je suis bien consciente que dans ce jeu chaque pas est précieux. En effet je me réjouis de chaque réalisation et chaque rencontre que je fais, leur grandeur est identique. Pourtant ce chemin n’a pas que la joie. Il est parfois brouillé et invisible. Je me trouve parfois réellement incompétente.
En rencontrant ces personnes (que j’appelle) folles, je me sens confuse, mais aussi je vois des espoirs. Ces gens là sont sans cesse à la recherche d’eux mêmes, et ils arrivent à trouver les réponses posées par leur vie. Oui, j’avais oublié, mais ces fous sont mes mentors.

Moi, qui appelle encore « fous » ceux qui ont simplement choisi une autre direction de vie, j’ai encore besoin de parcourir un long chemin. Je devrais m’ouvrir plus pour pouvoir rencontrer plus de monde.

Je n’oublie pas ; plus je m’ouvre et je remplis, plus ma confiance en moi jaillit ; et je ressemble de plus en plus la personne que je souhaite devenir. Oui, j’ai une grande confiance, je vais y arriver.